Les lettres belges de langue française en Roumanie ne sont seulement présentes au travers des traductions, une quinzaine d’ouvrages par an, elles ont aussi un ambassadeur poétique en la personne d’Eugène Van Itterbeek, professeur de littérature française à l’université de Sibiu.
Après plusieurs recueils de poésie, Eugène Van Itterbeek publie son « Journal roumain », un petit volume édité avec grand soin. Cette chronique intime fonctionne par touches anecdotiques, à première vue anodines. Mais c’est avec ces « petits riens » qu’il dépeint la vie quotidienne du pays qui est devenu le sien.
Nourri d’une culture francophone à l’époque où la ville universitaire de Louvain en Belgique était encore bilingue, Eugène Van Itterbeek ne considère pas le français comme une langue étrangère. Sans renier ses origines, il doit reconnaître que sa langue maternelle, le néerlandais, ne lui est que de fort peu d’utilité en Roumanie.
Il voit dans la pratique du français en Roumanie, un signe d’ouverture : pour les enfants de son bloc, parler français c’est « une fenêtre sur un monde auquel ils n’appartenaient pas, un monde lointain où un jour, ils voudraient bien rentrer », note-t-il dans son journal. Et de revendiquer : « Deux heures de français par semaine au lycée, ce n’est pas assez, par rapport à l’anglais ».
Là où Eugène Van Itterbeek rejoint sans doute beaucoup de Roumains, c’est lorsqu’il défend une francophonie ouverte, respectueuse des traditions du pays d’accueil et loin de toute volonté hégémonique.
Pour lui, le français ne doit pas être le vecteur de valeurs occidentales qui s’imposeraient aux autres: il ne défend pas à tout prix cet « Occident » d’où il vient, ce qui a d’ailleurs le don d’étonner ses interlocuteurs roumains, peu habitués à autant d’autocritique. En cela, il est resté bien belge : un esprit libre, non conventionnel, un homme du nord au cœur méridional.
A ses yeux, le défi de l’Europe politique, c’est recoller les deux parties de ce continent, séparées par l’histoire, et pas seulement par le communisme : il remonte à 1054, au grand schisme d’Orient… Il souhaiterait d’ailleurs que dans tous les pays européens, l’enseignement ne se borne pas à l’histoire nationale et se montre un fervent défenseur d’une histoire aux dimensions européennes.