Between the woods and the water


Day 31 couleurs!
5 mars, 2007, 9:17
Classé dans : Bucarest-Ouest, art, life

img_0073.JPGGrise Bucarest?

Certains rêvent de repeindre les blocs communistes pour mettre un peu de couleurs dans la ville.

La plupart n’ont pas le choix et doivent se contenter des couleurs criardes des méga-publicités, accrochées aux façades par d’intrépides ouvriers alpinistes.img_0001.JPG

En tout cas, le lundi après-midi, personne ne visite l’un des rares musées ouverts de la ville.

J’ai donc dérangé à moi tout seul et en pleine heure de la sieste environ deux douzaines de gardiens et surtout gardiennes du Musée des collections d’art.

Le principe du musée est intéressant: au lieu d’une approche chronologique ou thématique, on  présente les oeuvres en tant qu’ensembles cohérents que sont ces collections privées, avec pour seul fil rouge, le goût du collectionneur.

Riche par les donations et legs, ce musée fait partie intégrante du Musée national d’art de Roumanie. Ce fut un grand moment pour l’amateur du peintre Nicolae Tonitza que je suis devenu.

Découvert l’an dernier dans la collection Zambaccian (inclue de force dans ce Musée entre 1978 et 1996 mais à présent à nouveau exposée dans la maison de son propriétaire), Nicolae Tonitza allie un je ne sais quoi de Van Dongen à des réminescences de Matisse. De la couleur, du fauvisme, de l’expresionnisme…

img_0001_2.JPGIci, plusieurs collectionneurs ont investi dans le Tonitza: Iosif Dona (merveilleux nu, excellente Fillette du garde forestier ci-contre) et Hurmuz Aznavorian, avocat, homme politique libéral et amateur d’art éclairé, d’origine arménienne comme Zambaccian.

La vie d’Aznavorian est un roman.

Enfant, il avait fui en 1906 de sa Trébizonde natale les persécutions ottomanes. Ses études de droit à Paris se sont déroulées en trois épisodes: elles ont été interrompues successivement par la guerre des Balkans puis la Grande guerre, au cours desquelles il servit sa nouvelle patrie, la Roumanie. Il finit la Première guerre en passant deux ans dans un camp de prisonniers.

Avocat talentueux, il fit de la politique dans les rangs libéraux roumains jusqu’à l’avènement de la dictature fasciste d’Antonescu en 1938, dont il défendit néanmoins des ministres après guerre ce qui lui valu un premier emprisonnement suite à la prise de pouvoir des communistes en 1946, des travaux forcés de 1950 à 1953 suivis d’un assignement à résidence en Bucovine.

Après un élargissement, un nouveau procès le ramène en 1958 à la case prison qui lui sera fatale: une condamnation à 25 ans de travaux forcés le fera périr dans les geôles communistes en 1961, sans parler des confiscations et ventes forcées de sa collection d’art…

Aucun ouvrage ne semble plus disponible pour l’instant sur Tonitza, il serait temps de s’y (re-)mettre (j’en possède un mais il est épuisé depuis des lustres!) et tant qu’on y est, une biographie d’Aznavorian semble tout aussi  souhaitable, vu son parcours dont on ignore d’ailleurs le point final: personne ne sait où il repose.


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